Nous avons rencontré Martijn juste avant le 7ème concert du groupe en France, en tant que première partie de Kamelot. Nous avons beaucoup parlé de la sortie de leur deuxième album April Rain. Il a répondu à nos questions concernant l'écriture de l'album et la structure des morceaux. Martijn a également annoncé qu'une tournée en France était en préparation, ainsi qu'un concert spécial aux Pays-Bas.
Delain-France: Votre nouvel album, April Rain, a été classé premier dans les charts alternatives hollandaises. Qu’en penses-tu ?
Martijn : Je suis fier ! C’est un honneur. Les gens apprécient le CD. Je ne m’étais pas fixé un tel objectif, je pensais que l’album recevrait un bon accueil mais cette entrée en première position est vraiment géniale, je ne m’y attendais pas.
D-F: Quelle ont été les réactions que vous avez reçues vis-à-vis de ce nouvel album ?
Les gens sont un peu surpris, particulièrement ceux qui connaissaient notre premier album Lucidity, car ils se demandaient si l’on pourrait maintenir la barre aussi haute sans l’aide de musiciens invités. Mais honnêtement, je n’avais pas du tout de doutes quant aux capacités du groupe. Pour moi, c’est un saut en avant dans notre manière de composer car nous connaissons les points faibles et les points forts de chacun des membres du groupe. Je suis très satisfait de la réaction du public et de la presse. Je crois que la moins bonne note que l’album ait reçue est 6, et c’est vraiment une exception. Dans l’ensemble, les retours sont très positifs !
D-F: Cette fois, vous avez donc enregistré avec les membres du groupe, contrairement à ce qui avait été fait pour Lucidity, était-ce plus facile ?
Oui, c’était à la fois plus facile et différent. Lorsqu’on travaille avec des musiciens invités, ce qui est intéressant est qu’ils apportent un regard neuf. Mais lorsqu’on travaille avec les membres du groupe, on connaît parfaitement la spécialité de chacun, leurs points forts. Et cette manière de travailler est très satisfaisante pour eux car ils ont ainsi l’opportunité et le temps de faire partager leurs idées. Ainsi, on obtient le meilleur album que l’on est capable d’obtenir. Tout est d’ailleurs allé tellement vite que nous n’avons pas eu le temps de réfléchir à des invités.
D-F: Vous avez néanmoins réitérer votre collaboration avec Guus Eikens, peux-tu m’en parler ?
Je le considère un peu comme le 6ème membre du groupe, officieusement bien sûr, car il est très engagé dans le processus de composition. J’écris avec lui, Charlotte écrit avec lui, nous écrivons ensemble tous les trois et il a beaucoup d’influence sur l’album. Comme tu dois déjà le savoir, je le connais depuis ma période Within Temptation. Nous avons joué ensemble, il était le compositeur principal d’Orphanage. J’écoutais beaucoup leur musique, et je l’appréciais, donc c’est vraiment génial de pouvoir travailler avec lui. C’était déjà le cas avec le premier album, et c’est à nouveau le cas pour April Rain, et de manière encore plus poussée. C’est une expérience très agréable.
D-F: Vous avez tourné le clip d’April Rain en Serbie avec un écran vert. C’était la première fois que vous travailliez de cette manière. Comment l’as-tu vécu ?
C’était à la fois amusant et étrange, car tu dois t’imaginer être dans un environnement que tu ne vois pas. Tout est vert. C’est également agréable d’être dans un pays étranger avec le groupe au grand complet sans toutefois avoir à jouer, c’est un autre cadre...
Quant au tournage en lui-même, il a été très enrichissant : tu dois faire attention à tes mouvements tout en ayant l’air cool. C’était très intéressant à faire mais ça représente un gros travail.
D-F: Aviez-vous vu les images de synthèse avant de tourner le clip ?
Nous avions vu une démo, et bien sûr nous avions le script. Nous avons reçu des scripts provenant de différentes compagnies, et nous devions choisir celui que nous préférions, nous pouvions ensuite y apporter des modifications.
Quand nous sommes arrivés sur place, ils nous ont montré le pont et le reste du décor, ça avait déjà l’air prometteur. Puis nous avons tourné les scènes avec le groupe et il a ensuite fallu 2 semaines pour que ces scènes soient incorporées aux images de synthèse. C’était une approche très différente que celle utilisée pour Frozen par exemple.
D-F: Es-tu satisfait du résultat ?
Oui. Je dois tout de même admettre que c’est un peu trop sombre à mon goût, mais dans l’ensemble, je suis très satisfait.
D-F: Lorsque tu as composé Lucidity, il devait uniquement s’agir d’un projet. Il n’était initialement pas prévu de jouer les morceaux sur scène au sein d’un groupe. En quoi la composition a-t-elle été différente avec April Rain ?
Lorsque je composais, je ne pensais pas nécessairement aux prestations scéniques. Quand j’écris, je vois une image devant moi, c’est plutôt inconscient. Je ne me suis pas dit : « ok, on va jouer ces morceaux sur scène, donc je dois faire comme ça ». Tout d’abord, j’ai ressenti le besoin d’écrire des morceaux un peu plus rapides. Par le passé, j’étais plus orienté Doom, et par conséquent mes morceaux étaient plus lents. De plus, depuis Lucidity, j’ai également envie d’écrire des morceaux où les guitares sont plus en avant, avec des riffs plus heavy, et cela marche plutôt bien sur scène car le public accroche plus lorsque c’est rapide.
Nous commençons à voir comment cela fonctionne sur scène, et nous sommes très satisfaits. Il y a beaucoup de contrastes, d’autant plus lorsque l’on joue des morceaux issus à la fois de Lucidity et d’April Rain, c’est un mélange intéressant.
D’autre part, je dois admettre que nous devons faire plus d’efforts pour rentrer dans les morceaux. Avec les morceaux de Lucidity, tout était devenu très automatique, les mouvements que l’on faisait s’imposaient d’eux-mêmes. Avec April Rain, ça ne fonctionne pas encore si spontanément. Donc c’est un peu difficile de pouvoir comparer les anciens et les nouveaux morceaux sur scène car la situation n’est pas la même. Mais en négligeant cette différence, je peux dire que les nouveaux morceaux fonctionnent déjà mieux. Je l’ai particulièrement ressenti avec Go Away qui a un effet très dynamisant sur le public.
D-F: Mais les anciens morceaux que vous continuez à jouer, A Day For Ghosts et The Gathering par exemple, sont également très puissants, et ils sont très efficaces sur scène, donc ça doit être difficile de rivaliser avec eux ?
C’est vrai, mais tu cites exactement les morceaux les plus heavy. Si l’on considère Silhouette Of A Dancer ou No Compliance par exemple, c’est beaucoup plus soft. Je pense que si l’on combine ces morceaux avec les nouveaux, on obtient un bon mélange.
D-F: J’imagine que vous êtes très excités à l’idée de jouer les morceaux d’April Rain, appréciez-vous toujours de jouer les anciens ?
Absolument. J’ai d’ailleurs remarqué que le public était très enthousiaste lorsque nous jouons d’anciens morceaux. Nous apprécions également beaucoup. Ce n’est pas comme si l’on se disait « Rah, il faut encore jouer ces morceaux... le public le demande, allons-y... ». Pas du tout ! Je pense que c’est très rafraîchissant de combiner les deux de manière à utiliser le meilleur de Lucidity et le meilleur d’April Rain. On obtient ainsi un set efficace.
D-F: L’intro de certains morceaux est très heavy et, lorsque Charlotte se met à chanter, il y a une sorte de rupture. Est-ce que ce contraste est un choix délibéré ?
Oui, tout à fait. Le fait d’obtenir un contraste est quelque chose qui m’a toujours tenu à cœur car s’il n’y a pas de contraste, tout semble plus plat. Avec cette manière de fonctionner, on obtient une explosion lorsqu’on arrive au premier refrain. C’est plus efficace que si les guitares étaient plus présentes dans le premier couplet. C’est intéressant qu’il y ait cette rupture, mais bien sûr c’est très délicat car il ne faut pas que ça retombe trop ! Il ne faut surtout pas que ça devienne ennuyeux. C’est un dosage difficile à obtenir, mais c’est plus facile de réussir cet effet lorsque les morceaux sont plus rapides car cela est plus dynamique, même dans les passages où il n’y a pas beaucoup de guitares et le refrain est là pour booster le tout.
C’est également lié à notre manière de composer, nous utilisons une structure pop : premier couplet, refrain, second couplet... C’est une dynamique différente des compositions à influence classique comme Epica ou After Forever par exemple. C’est un choix délibéré.
D-F: Est-ce un point susceptible d’évoluer dans le futur ?
Je ne peux pas anticiper le futur mais c’est pour le moment ce que je préfère et je pense que cela est un moyen de nous distinguer. C’est l’un des aspects de notre musique, celui d’utiliser beaucoup de backing vocals. C’est un moyen de reconnaître le son Delain.
D-F: Marco Hietala chante sur deux morceaux. Lorsque vous jouez ces morceaux en concert, c’est Charlotte qui chante les parties de Marco. Pourquoi ne pas avoir choisi Ronald ?
En fait, les morceaux étaient initialement écrits avec des parties chantées par Charlotte. Ce qui est vraiment unique avec Marco, c’est qu’il est capable de chanter dans le même registre qu’une femme, ce qui n’est pas très commun. Cela a donc été très simple car nous n’avons pas eu à réécrire les lignes vocales. Avec Nothing Left par exemple, j’ai vraiment hésité entre utiliser le chant de Marco ou celui de Charlotte car les lignes de Charlotte étaient vraiment très belles.
Ainsi, c’est très naturel que ce soit Charlotte qui chante ces parties en concert, mais j’imagine que ça l’est moins pout les gens qui sont habitués à la voix de Marco, car le chant de Charlotte est très différent. Le problème resterait le même avec Ronald car il chante très différemment de Marco et on n’obtient pas non plus le même résultat.
D’autre part, nous commençons à peine à découvrir le potentiel vocal de Ronald. Ce qu’il a fait sur Invidia n’était pas du tout prévu, c’était un essai qui s’est révélé être très intéressant. Je suis sûr que c’est un élément que nous allons réutiliser dans le futur, car il est vraiment très doué ! Je pense que sa voix est comme un diamant brut qu’il va falloir affiner, mais nous découvrons à peine cette facette de lui.
D-F: Parmi les morceaux du nouvel album, il y en a un que vous n’avez pas joué au concert de présentation du CD : Start Swimming. Pourquoi ?
Car ce morceau est difficile à jouer sur scène : nous avons à la fois besoin d’une guitare acoustique et d’une guitare électrique, et nous avons seulement un guitariste, donc ça lui est très difficile de jongler entre les deux. Et puis nous avons déjà joué ce morceau sur scène [au concert spécial de Zwolle] et ça s’était révélé délicat à réaliser, donc nous avons décidé de donner la priorité à d’autres morceaux pour le moment mais nous aimons beaucoup cette chanson et nous allons bien sûr la jouer à nouveau !
D-F: April Rain est un album rempli de contrastes, est-ce aussi ce que vous avez voulu exprimer avec l’artwork du CD ?
Oui, les nuages d’encre noirs et blancs offrent un contraste important. En plus de cet élément, il était très important pour nous que le groupe entier figure sur la pochette de l’album et que Charlotte soit mise en avant. C’était un risque à courir, mais nous trouvions que c’était une bonne idée.
Nous avions aussi essayé de n’y faire figurer que des nuages de couleurs, ce qui avait un rendu plus abstrait, mais finalement, c’est cette pochette que nous avons retenue.
D-F: Y a-t-il déjà une tournée de prévue en France ?
C’est quelque chose que nous aimerions faire ! En fait, nous aurions aimé le faire en avril, mais avec la sortie du CD nous n’avons pas eu assez de temps pour le planifier. Nous allons bien-sûr faire un concert à Paris, mais nous voulons revenir en France pour d’autres concerts, peut-être à l’Automne. [Ndlr : une tournée est désormais prévue en octobre). Cela nous tient vraiment à cœur, car comme je te l’ai dit par le passé, les concerts que nous avons fait en France sont ceux que nous avons le plus appréciés. C’était génial !
D-F: Et avez-vous de nouveaux concerts spéciaux de prévus ?
En fait, j’ai reçu hier un email de la personne avec qui nous avons organisé le concert spécial au Broerenkerk à Zwolle. Nous avons pensé à un nouveau concept, mais c’est vraiment trop prématuré pour pouvoir en parler, nous y réfléchissons. Et si nous faisons finalement quelque chose, ça se devra d’être quelque chose de nouveau. Nous ne voulons pas faire la même chose une seconde fois. Et j’aimerais bien sûr que Marco vienne participer à un concert de Delain ! Je sais que la tournée de Nightwish s’arrêtera cette année, donc peut-être que nous aurons quelques possibilités...
D-F: Pour conclure, quels sont les anciens morceaux et les nouveaux morceaux que tu aimes le plus ?
J’ai eu beaucoup de morceaux préférés ces deux dernières années. Je pense qu’actuellement, une chanson de Lucidity que j’aime beaucoup est The Gathering. C’est une chanson puissante. Et en plus de ça... c’est difficile... je dirais Sever, car je l’aime aussi beaucoup.
Et sur le nouvel album, ce serait Virtue And Vice. J’aime cette chanson. C’est celle qui a été écrite en dernier et nous avons vraiment hésité à la faire figurer sur l’album car nous n’avions plus de temps, mais j’aime énormément le résultat. Et... hum... Control The Storm, j’aime la voix de Marco et le morceau de façon plus générale.
Propos recueillis pour Delain-France et Metal-Ways
Source (en anglais) : http://www.metal-ways.com




